Le médecin du travail : un allié souvent méconnu pendant un burn-out
- Tiphaine Périn
- 6 juil.
- 4 min de lecture
Lorsqu'un salarié est en arrêt de travail pour un burn-out ou une autre situation de souffrance au travail, il pense généralement à son médecin traitant, à son psychologue ou à son psychiatre. En revanche, le médecin du travail est souvent sollicité très tardivement, parfois seulement la veille de la reprise.
Pourtant, son rôle est loin de se limiter à déclarer un salarié apte ou inapte. Il peut intervenir tout au long du parcours et constitue un acteur essentiel de la prévention de la désinsertion professionnelle.
Depuis un décret publié en juin 2026, les modalités des visites de pré-reprise et de reprise ont d'ailleurs évolué. Faisons le point.

Quel est le rôle du médecin du travail ?
Contrairement à une idée largement répandue, le médecin du travail n'est pas "le médecin de l'employeur". Sa mission est exclusivement préventive.
Il veille à ce que l'état de santé du salarié soit compatible avec son travail et cherche à prévenir toute altération de sa santé en lien avec l'activité professionnelle.
Dans les situations de burn-out, il peut notamment :
vous recevoir dès les premiers signes de souffrance au travail ;
échanger avec votre médecin traitant ou les autres professionnels de santé qui vous accompagnent (avec votre accord) ;
vous accompagner pendant votre arrêt de travail ;
préparer votre retour dans l'entreprise ;
proposer des adaptations de poste ;
réfléchir à une reprise progressive, un reclassement ou, lorsque cela s'avère nécessaire, à une réorientation professionnelle.
Son objectif n'est pas de défendre l'employeur ou le salarié, mais de favoriser le maintien dans un emploi compatible avec votre état de santé.
Le rendez-vous de liaison : maintenir le lien pendant l'arrêt
Depuis 2022, un rendez-vous de liaison peut être proposé après un arrêt de travail d'au moins 30 jours.
Il réunit le salarié, l'employeur et, lorsque cela est possible, un représentant du service de prévention et de santé au travail.
Dans la pratique, les médecins du travail étant très sollicités, ils participent rarement eux-mêmes à ces rendez-vous. Selon les situations, une assistante sociale ou un autre professionnel du service peut les représenter.
Ce rendez-vous reste facultatif mais je le recommande, car il permet notamment :
de vous informer sur vos droits ;
d'évoquer une éventuelle visite de pré-reprise ;
de réfléchir à des aménagements de poste ou à une reprise progressive.
Il ne s'agit pas d'un entretien destiné à évaluer votre état de santé mais d'un temps d'échange destiné à préparer la suite de votre parcours.
La visite de pré-reprise : anticiper plutôt que subir
La visite de pré-reprise est probablement la consultation la plus méconnue... alors qu'elle est souvent la plus utile.
Elle peut être demandée :
par le salarié lui-même ;
par le médecin traitant ;
par le médecin-conseil de l'Assurance maladie.
Elle se déroule pendant l'arrêt de travail, sans qu'une date de reprise soit nécessairement fixée. Son objectif est simple : préparer les conditions d'un retour compatible avec votre santé.
À cette occasion, le médecin du travail peut notamment proposer :
un aménagement du poste de travail ;
une adaptation des missions ;
un aménagement du temps de travail ;
un temps partiel thérapeutique ;
une formation ou un projet de reconversion.
En pratique, cette visite est particulièrement pertinente lorsque la reprise apparaît incertaine ou que l'on anticipe des difficultés dans le retour au poste initial.
Ce qui change avec le décret de juin 2026
Le décret du 14 juin 2026 est venu modifier deux points importants.
Une information de l'employeur
Jusqu'à présent, l'organisation d'une visite de pré-reprise restait confidentielle.
Désormais, le service de prévention et de santé au travail informe l'employeur qu'une visite de pré-reprise est organisée.
En revanche, le salarié conserve la possibilité de s'y opposer.
Le contenu de la consultation, lui, reste couvert par le secret médical.
Une visite de reprise parfois inutile
Le décret prévoit également que, dans certains cas, la visite de reprise pourra être supprimée.
Deux conditions doivent être réunies :
une visite de pré-reprise a eu lieu dans les trente jours précédant la reprise ;
le médecin du travail a estimé qu'aucun aménagement du poste ou du temps de travail n'était nécessaire.
Cette mesure vise essentiellement à permettre aux médecins du travail, aujourd'hui en nombre insuffisant, de consacrer davantage de temps aux situations qui nécessitent réellement une évaluation.
Il est toutefois important de souligner que cette dispense n'est pas automatique. Le salarié, l'employeur ou le médecin du travail peuvent toujours demander qu'une visite de reprise soit organisée.
La visite de reprise : le retour dans l'entreprise
La visite de reprise intervient après le retour du salarié. Elle est notamment obligatoire après :
un arrêt maladie de plus de 60 jours ;
un accident du travail de plus de 30 jours ;
une maladie professionnelle, quelle qu'en soit la durée ;
un congé maternité.
Elle doit être organisée par l'employeur dans les huit jours suivant la reprise.
Lors de cette consultation, le médecin du travail vérifie si votre état de santé est compatible avec votre poste et examine les éventuelles adaptations nécessaires.
Il peut notamment :
proposer des aménagements ;
recommander un reclassement ;
ou, lorsque aucune solution n'est possible, prononcer une inaptitude.
Mon conseil de psychologue du travail
Dans ma pratique, je constate que de nombreux salariés attendent la veille de leur reprise pour contacter le médecin du travail.
C'est souvent trop tard.
Lorsque les difficultés sont importantes, je recommande généralement de solliciter un RDV de liaison et une visite de pré-reprise plusieurs semaines avant la date envisagée de retour.
Cela laisse le temps de réfléchir aux aménagements nécessaires, d'échanger avec les différents acteurs et d'éviter qu'une reprise insuffisamment préparée ne conduise à un nouvel arrêt de travail.
Le médecin du travail n'est pas seulement le professionnel qui intervient à la fin de l'arrêt. Il peut être un véritable partenaire tout au long du parcours de soin et de retour à l'emploi.
Pour aller plus loin, je vous propose de télécharger gratuitement mon guide pratique destiné aux salariés en souffrance au travail. Vous y trouverez des repères concrets, des conseils pratiques et les principales démarches à connaître pendant un arrêt de travail.



Commentaires